La rencontre homme-animal: vers un anthropomorphisme critique. » aura lieu dans l’amphithéâtre Alain Beretz du Nouveau Patio, Université de Strasbourg, du 8 au 9 novembre 2018. Il va réunir un grand nombre de spécialistes renommés en études animales.

Ce colloque est organisé dans le cadre du programme de la Maison interuniversitaire des Sciences de l’Homme-Alsace (MISHA, Université de Strasbourg) 2017-2018 « La rencontre homme-animal au croisement de la religion, de la culture et de la science. Généalogie et perspectives » porté par Aurélie Choné et Catherine Repussard. Il fait suite au premier colloque organisé dans le cadre de ce programme : « Les études animales sont-elles bonnes à penser ? (Ré)inventer les sciences, (re)penser la religion homme-animal » (MISHA, 8-10 nov. 2017). Ce colloque a aussi lieu, comme depuis trois ans, dans le cadre du master Éthique à spécialisation « Éthique et Droit de l’animal » du Centre Européen D’Enseignement et de Recherche en Éthique (CEERE, Université de Strasbourg).

Le programme du colloque peut être consulté sous le lien suivant: https://sites.google.com/site/droitetethiquedelanimal/ue-debats-ethique-animale/la-rencontre-homme-animal-vers-un-anthropomorphisme-critique

Les inscriptions sont désormais ouvertes sous le lien suivant: https://goo.gl/forms/4sep6lo9jQ1XmyjR2

Argumentaire :

Les critiques de l’anthropomorphisme dans nos attitudes envers les animaux sont multiples. Elles peuvent s’attaquer à ses manifestations les plus naïves dans la littérature de jeunesse, les media, les documentaires animaliers ou les dessins animés. À un autre niveau, l’anthropomorphisme peut recouvrir des choix méthodologiques et épistémiques dans la culture savante à travers les siècles. Dans Comparer l’incomparable : des vertus et des limites de la comparaison hommes/primates (EHESS, 2012), Frédéric Joulian appelle à une réflexion sur les projections anthropomorphiques qui infléchissent notre regard non seulement dans les sciences de la nature, mais aussi dans les sciences de l’homme. Selon le diagnostic de Joulian, « le biais anthropomorphique est patent dans à peu près dans tous les travaux impliquant hommes et primates, ou même primates et primates, selon leur degré d’apparentement aux hommes. Ce biais doit cependant être évalué, pensé, assumé. » Un facteur explicatif majeur du biais anthropomorphique est l’asymétrie homme-animal, liée à la question de l’originalité humaine. Le christianisme médiéval a joué un rôle central dans le processus de démarcation des deux ordres, qui a abouti à la césure entre la transcendance de l’homme, créature d’exception car régi par la loi de la grâce, et le reste de la création, assujettie aux lois de la nature. L’anthropomorphisme serait ici un résultat de l’anthropocentrisme dominant dans la culture chrétienne.

Le poids de l’héritage chrétien ne doit pas masquer d’autres facteurs qui interviennent dans la complexité des enjeux liés à l’anthropomorphisme. Comme l’a montré F. Joulian, le débat se joue aussi sur le terrain de la hiérarchie des sciences et des régimes de scientificité. Dans la comparaison des comportements et des capacités des animaux humains et non-humains, le changement relativement récent d’univers de référence, des sciences de la culture vers les sciences de la nature, a généré deux dérives majeures : la naturalisation des caractéristiques humaines, et symétrique à celle-ci, l’anthropomorphisation des animaux. Il s’agirait dès lors de parvenir à un anthropomorphisme critique, à la fois lucide et assumé : tout en se fondant sur l’existence d’une parenté dans certaines capacités ou comportements des animaux humains et non humains, l’analyse ne désavoue pas le point de vue anthropologique qui la guide.

En dehors de sa dimension disciplinaire et épistémique, l’anthropomorphisme peut être aussi une attitude sociale et politique. Il répond alors à des motivations et stratégies diverses. Parmi les plus fréquentes, se trouvent celles liées à la défense de la cause animale. On peut chercher délibérément à accentuer les traits communs entre hommes et animaux afin de sensibiliser à la souffrance animale (« comme nous, ils sont capables de souffrir ») et induire ainsi un comportement plus respectueux de la part des hommes (Burgat, Baratay). De façon analogue, l’on peut attribuer aux animaux des statuts moraux ou juridiques calqués sur les normes qui régissent la société humaine, dans le but de garantir une défense plus efficace de leurs intérêts (Marguénaud). Dans les deux cas, il s’agit d’un anthropomorphisme que l’on peut qualifier d’instrumental en ce qu’il est reconnu comme moyen nécessaire à l’imposition de nouveaux cadres normatifs prenant en compte le bien-être animal. Un autre type d’anthropomorphisme, tout aussi stratégique, cherche à comparer les conditions de vie des animaux dans nos sociétés industrialisées avec des exemples historiques d’exploitation de certains groupes humains. Le régime esclavagiste, en tant qu’idéologie raciale et système économique, sert alors à politiser la cause animale en illustrant les dérives auxquelles peut conduire le spécisme. Dans le même ordre d’idées, la problématique comparaison avec les camps de concentration prétend apparenter l’abattage des animaux à la tentative d’extermination de tout un pan de la population européenne (Singer, Derrida, Coetzee, de Fontenay).

Ce colloque se propose de problématiser la question de l’anthropomorphisme dans les sciences de la nature, dans les sciences humaines et sociales, ainsi que dans la littérature et les arts. L’objectif est donc double : il s’agit d’abord d’évaluer les différentes approches disciplinaires, dans leurs épistémologies et méthodologies propres, afin de livrer un diagnostic de leurs regards sur l’animal ; deuxièmement, le colloque entend soulever la question de l’éventuelle inévitabilité d’une démarche anthropomorphique dès lors que l’on cherche à décrire des êtres aux capacités et aptitudes différentes des nôtres.

Comité scientifique : Aurélie Choné (Maître de conférences HDR en études germaniques, Université de Strasbourg), Isabel Iribarren (Professeur en histoire et philosophie médiévales, Université de Strasbourg), Marie Pelé (Docteur en éthologie, Ethobiosciences-Cabinet d’Expertise et de Recherche en Bien-être et Comportement Animal), Catherine Repussard (Maître de conférences HDR en études germaniques, Université de Strasbourg), Cédric Sueur (Maître de conférences HDR en éthologie, Université de Strasbourg).

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