Plaidoyer pour le deuil animalier, Jean-Marc Neumann dans Savoir animal
Suite à la publication de son ouvrage Un deuil animalier. Témoignage, publié dans la collection Zoosémiotique chez L’Harmattan, Jean-Marc Neumann, membre du CA de la SfZ, a donné de nombreuses conférences sur le sujet, fait des signatures dans plusieurs librairies, bénéficié d’articles élogieux dans la presse. Aujourd’hui, il rédige un article pour la revue en ligne Savoir animal, que nous reproduisons en partie ci-dessous.
Extrait de l’article de Jean-Marc Neumann
Le deuil animalier est un deuil dont on n’ose prononcer le nom. Dire à ceux qui n’ont jamais eu de compagnon à poils, plumes ou écailles que l’on est en deuil lorsque l’on perd son compagnon vous expose souvent à l’incompréhension ou à la moquerie.
La société ne reconnaît le droit au deuil que pour la mort de nos semblables. Seuls les humains ont droit à une manifestation ostensible du chagrin.
Reconnaître l’existence du deuil animalier c’est bousculer les convenances et les codes de la société humaine. Le cheminement psychologique est pourtant similaire à celui du deuil humain. Ainsi que le souligne la sémioticienne Astrid Guillaume dans sa préface à mon livre « Un deuil animalier » , « Faire le deuil d’un humain ou faire le deuil d’un animal, c’est le même chemin psychologique, c’est apprendre à gérer une absence définitive qui fait extrêmement mal » et de poursuivre « Comment faire comprendre alors à quelqu’un qui n’a jamais eu d’animaux à ses côtés combien les perdre est une chute dans le néant, un abysse, un gouffre, un anéantissement, une blessure à vif qui demeure béante, même trente ans plus tard ».
Le chercheur américain Kenneth Doka évoque à cet égard le concept de « disenfranchised grief » c’est à dire un deuil « privé de ses droits ». Dès lors que la personne endeuillée ne peut manifester publiquement son chagrin et « faire son deuil » ,elle doit « autogérer » ce dernier, seule, chez elle. Ainsi au chagrin s’ajoute l’isolement ce qui rend le deuil encore plus difficile à vivre.
Mépriser le deuil animalier c’est manquer d’empathie à l’égard de nos congénères avec des conséquences potentiellement lourdes.
La douleur, le chagrin n’ont pas à être hiérarchisés. La souffrance de la personne endeuillée est légitime et ne doit connaître aucune frontière tenant à l’espèce. Lorsque l’on perd un être cher, humain ou non, on souffre souvent de manière similaire.
Marguerite Yourcenar, après la perte de sa chienne Valentine, avait écrit dans ses Carnets de notes de l’Œuvre au Noir « Et personne ne me comprendra si je dis que je ne m’en consolerai jamais, pas plus que d’une mort humaine ». Souffrir en silence, chez soi, voilà tout ce qui est, aujourd’hui, socialement accordé à la personne endeuillée….
Pour lire la suite, c’est sur le site de Savoir animal
La revue Savoir Animal a consacré une édition spéciale au Deuil animal.


